Créer, c'est se résoudre à
l'imparfait
La justesse
de cette citation, d'un auteur oublié, décrit la situation de la rédaction.
A chaque
numéro paru, une fois close la chasse aux fautes et autres coquilles, la bousculade
de l'impression terminée et l'envoi expédié, voilà qu'en feuilletant le produit
achevé une erreur apparaît.
Puis une
deuxième, une troisième… voire davantage !
Une
question d'âge ?
Non.
Certains
élèves, et certaines personnes d'une façon plus générale, s'abstiennent de
produire : le décalage entre leur idée et ce qu'elle devient à l'oral, à
l'écrit, dans la matière ou mise en gestes… leur est insupportable.
Alors ils
ne font… rien. Ou presque.
Mais
finalement, pourquoi écrire, parler, faire ou montrer ?
Quel statut
a une feuille imprimée ?...
Comme le
dit un poème du 6ème Dalaï Lama (1683 -
1706),
« les écrits à l'encre noire, une goutte les efface ;
mais ce qui est écrit dans votre esprit y demeure à jamais ».
Et si
finalement, la finalité de l'écrit était d'être lu… par un autre?... (un autre que moi, ou moi-même à un autre moment ou un autre
endroit)
Ou même
davantage que lu : évoqué, c'est-à-dire promu à une existence mentale ?...
Finalement,
une des
finalités de toute production est d'être évoquée.
C'est
d'ailleurs une des raisons du choix du terme "évocation" par Antoine
de La Garanderie pour traduire un des deux concepts fondateurs (avec la notion
de projet) de la pédagogie des gestes
mentaux (gestion mentale).
Créant une
étymologie signifiante, il donne au E de évocation, le sens d'être : le monde a
vocation à être dans notre conscience, et nous avons vocation à être dans le
monde.
Cette
double articulation traduit un positionnement philosophique de la "Gestion
Mentale" : quoi de plus naturel pour cette phénoménologie des actes de
connaissance.
Mais nous
voilà bien éloigné de l'encre, de l'eau qui l'efface et autres coquilles,
pourrions-nous penser…
Vraiment
?...
Dit
autrement, un texte imprimé, bien plus que lu, a à être pensé. Il est une
invitation à se rendre par la pensée dans la direction indiquée par cet écrit.
Il va non
seulement être pensé mais faire penser à.
Alors, oui,
une création peut bien être imparfaite, sur le papier, si elle permet à
l'esprit de se mouvoir, voire s'émouvoir.
À vous de
voir.
Frédéric Rava-Reny